Entretien avec la VAM

Dans le hall, j’essaye de comprendre ce que je fais là.

Ca a commencé jeudi dernier. Texto.
JJ : « Tu sais ce que tu fais en septembre? Si non, appelle moi. ».
Septembre. Le fameux mois + 6, +7 même. Mais bon, c’est JJ et si JJ me dit de l’appeler, c’est qu’il faut que je l’appelle.
« – Ca va?
– Oui et toi? Ton nouveau stage? »
– Ca va. »

Sourire pincé, pas la force de lui dire que c’est pas vrai. Je me retrouve projetée il y a trois ans, à l’époque où je bossais pour JJ, où on défendait des hommes – des vrais, pas des sociétés côtées – et où on faisait des pauses pépitos en regardant des vidéos de François l’Embrouille. Mais ça, c’était avant.

« Et alors, pour septembre? Tu sais où tu vas aller? ».

Et voilà, ça recommence.
Dans six mois, je serai peut-être morte 180 fois, j’aurais certainement pas vu le monde et même très peu le soleil, j’aurais franchi le quart de siècle et probablement pas rencontré le père de mes enfants {NDLR : mais ça, on en parle pas}.

« Je sais pas (#mydressfeelstight) ».

JJ, c’était pas pareil, c’était un « p’tit cab ». Dans les « gros cabs », on nous fait croire que le plus dur c’est d’y entrer. En vrai, ils nourissent les étudiants en droit de fantasmes élitistes dès le berceau, surfent sur la vague Specter et attrapent les bébés-avocats un an avant leur diplôme pour en faire des enfants-soldats. Et une fois dedans, plus le temps de se demander d’où vient la braise à l’origine de cet incendie permanent. Gare à celui qui rappelera qu’il ne s’agit que de contrats plus ou moins bien écrits et que finir à 6h du mat’, si c’est pas pour avoir sauvé une vie, c’est pas si logique.
Mais bon, at the end of the day – oui, dans les gros cabs, on est bilingues – certains contrats sont plutôt sexys et on a un salaire, alors que c’est la crise.

« Envoie moi ton CV, le cabinet de la VAM veut te rencontrer. »

La VAM, c’est sa fiancée.

Une fille parfaite et magnifique que l’on adorerait detester, mais c’est impossible. Elle va meme peut être me trouver un boulot la VAM (#newboss).

La VAM est venue me chercher dans le hall.

Je la vois arriver en sautillant et en souriant et ça me redonne espoir. Je me dis que même après dix ans dans un gros cab, on peut toujours avoir son âme.

Elle arrive, j’ai envie de l’appeler BF, je crois que elle aussi. D’ailleurs, elle me claque la bise. Elle est grave, je l’avais jamais vu.

Ah si, une fois….

Il y a trois ans, je venais de finir mon stage chez JJ et j’étais partie en vacances – mes dernières vacances.

A mon retour, j’ai rencontré Steve. On a tous un Steve dans notre entourage. Le style de garcon avec une aura telle qu’il arrive à réunir autour de lui à peu près tout Paris. Alors, meme si on n’écoute pas tout ce qu’il dit et même si on n’aime pas tout ce qu’il fait, on s’emourache un peu, parce que Steve, il sait parler aux femmes.

Troisième date, fin de l’été, cette période de l’année où on peut encore se balader en poum-poum short dans les rues de Paris. Je commençais à le trouver vraiment cute Steve, meme s’il avait passé la soirée scotché sur son iPhone, ça lui donnait un côté businessman sexy {NDLR : la fin de cette histoire a donné naissance à la Rule#1. Rule#1 : les hommes scotchés à leur iPhone NE SONT PAS des businessmen sexys}.

Et là.

Alors que nous remontions une rue pavée sous les néons parisiens, mon regard s’attarde à l’intérieur d’un café.

« Oh ». Je lâche la main de mon futur-ex-bien-aimé et entre dans cette vieille brasserie où je les avais apercu. JJ et la VAM.

C’était leur premier date.

Le reste est flou. Je me souviens avoir eu très chaud et avoir beaucoup rougi. Mon visage devait être sous un spot car je me souviens même  avoir senti des gouttes de transpiration me parcourir.
On a échangé des banalités. Je scrutais la VAM – on l’aurait toute fait. Je me souviens de sourires un peu forcés et de m’être retrouvée mal à l’aise au milieu de leur complicité.

« Bon je vous laisse ! Bonne fin de soirée ! ». Dix minutes avaient du s’écouler, j’avais même pas realisé que Steve ne m’avait pas suivi à l’intérieur. En sortant du bistro, en revanche, j’ai bien compris qu’il était parti.

« – Allô! T’es où, je te vois pas!

– Chez moi.

– Chez toi?

– Chez moi.

– Bon. Bonne continuation, donc. »

J’avais les tempes qui tremblaient. Pas le temps d’être sûre d’avoir compris ce qu’il se passait, je me retourne pour revenir sur mes pas.

Et ils sont là.

JJ et la VAM sortant du café. JJ est en train de l’aider à remettre sa veste et elle ajuste sa chevelure parfaite. J’avais encore le visage qui collait.

J’essaye de fuir par la droite mais pas le temps de traverser, JJ a levé la tête. Il a les yeux ecarquillés et sourit d’une oreille à l’autre. Il a compris plus vite que moi le salaud.
Je m’avance avec un grand sourire, dignité oblige.
« Il s’est barré? » Fou rire general, j’ai envie de disparaitre. Je cherche des yeux un taxi, désespéremment.

Je comprends qu’ils me parlent mais je suis dans un brouillard indescriptible, j’entends plus rien.

Soudain, la VAM me tire de mon coma :

« La prochaine fois, tu les choisiras mieux. »

Je lève la tête. Je la regarde. Je regarde JJ. Je souris. J’ai envie de pleurer.

***

« – On y va?

– Oui, merci de me recevoir ».

Aujourd’hui, j’ai un entretien avec la VAM.

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